Certitude de l’opération et réalisation effective : le temps, risque caché des transactions M&A

Lorenzo De Sario3 min de lecture

Pourquoi des opérations M&A très avancées échouent : risque d’exécution, désalignement des calendriers et rôle stratégique du temps dans la réalisation d’une transaction, illustrés par le dossier OVS-Kasanova.

Certitude de l’opération et réalisation effective : le temps, risque caché des transactions M&A
Certitude de l’opération et réalisation effective : le temps, risque caché des transactions M&A
Certitude de l’opération et réalisation effective : le temps, risque caché des transactions M&A

Même des négociations M&A très avancées peuvent échouer lorsque les calendriers d’exécution s’écartent des contraintes de financement, de réglementation ou des parties prenantes. Le dossier OVS-Kasanova rappelle pourquoi le temps doit être traité comme une variable structurelle de l’exécution.

Chez CGPH Banque d’affaires, nous observons fréquemment un biais récurrent dans les processus M&A complexes : dès qu’une opération atteint un stade de négociation avancé, les acteurs de marché tendent à la considérer implicitement comme réalisée. La logique stratégique est claire, les termes préliminaires sont définis et les contreparties paraissent alignées. Pourtant, la distance entre une négociation mature et un closing effectif peut rester considérable.

L’évolution récente du dossier OVS et de l’acquisition envisagée de l’enseigne italienne d’articles pour la maison Kasanova illustre précisément cette dynamique. Ce qui apparaissait d’abord comme une opération de sauvetage crédible ne s’est finalement pas concrétisé, montrant à quel point la dimension temporelle peut devenir déterminante dans l’exécution.

Pourquoi des opérations avancées échouent encore au closing

En novembre 2025, OVS est entré en négociation pour acquérir Kasanova, distributeur italien d’articles pour la maison en difficulté financière. L’opération envisagée a été largement interprétée comme une occasion stratégique de combiner l’infrastructure de distribution et l’échelle opérationnelle d’OVS avec la notoriété établie de Kasanova sur le segment de l’équipement de la maison.

À mesure que les discussions progressaient, la perception du marché s’est orientée vers l’hypothèse d’une transaction en voie de finalisation. Début février 2026, OVS a toutefois annoncé son retrait du processus d’acquisition.

Le groupe a invoqué des conditions non satisfaites et l’impossibilité de concilier le calendrier de l’opération avec les processus techniques et bancaires nécessaires à sa finalisation, réaffirmant son attachement à une discipline financière stricte. Ce qui semblait extérieurement quasi conclu n’a finalement jamais abouti.

Le risque d’exécution en phase terminale des opérations M&A

Même lorsque les négociations sont très avancées, la phase de closing demeure l’un des moments les plus délicats du cycle de vie d’une opération. Approbations de financement, vérifications réglementaires, négociations avec les créanciers, cadres de restructuration et procédures de gouvernance interne peuvent introduire des délais qui affectent matériellement la faisabilité d’une transaction.

Dans les situations impliquant des entreprises en difficulté ou des structures de parties prenantes complexes, ces dynamiques s’accentuent encore. De nombreux acteurs doivent s’aligner simultanément, et tout décalage de calendrier peut interrompre le processus.

Le dossier Kasanova démontre que la maturité d’une opération n’élimine pas le risque d’exécution. Au contraire, elle concentre souvent les contraintes opérationnelles les plus complexes dans ses dernières étapes.

Le temps comme variable structurelle de la conception d’une opération

En conseil M&A, le temps doit être considéré non comme un simple élément de procédure, mais comme une variable structurelle de la transaction elle-même. Chaque opération évolue dans un cadre temporel précis, défini par les conditions de financement, l’alignement des parties prenantes, les exigences réglementaires et le sentiment de marché.

Si cette fenêtre se déplace ou se referme avant la réalisation juridique de l’opération, même un dossier bien structuré, doté d’une logique industrielle solide, peut devenir impraticable. Le calendrier interagit donc directement avec la faisabilité de l’exécution.

Pour les conseils et les sponsors, maîtriser cette dimension suppose de surveiller en continu la synchronisation des calendriers de financement, des processus d’approbation et des jalons opérationnels sur toute la durée de l’opération.

Les enseignements du dossier OVS-Kasanova

La situation OVS-Kasanova rappelle clairement que la certitude d’une opération ne doit jamais être confondue avec sa réalisation effective. Même des transactions structurellement solides et stratégiquement cohérentes peuvent échouer lorsque le calendrier d’exécution s’écarte des contraintes opérationnelles et financières des parties concernées.

Chez CGPH Banque d’affaires, la dimension temporelle fait dès lors l’objet de la même rigueur que la valorisation, la structure de capital ou le positionnement stratégique. Maîtriser le rythme d’une opération, anticiper les retards possibles et assurer l’alignement entre parties prenantes et processus de financement sont essentiels à la préservation de sa viabilité.

En définitive, la réussite d’une exécution M&A ne dépend pas seulement de la conclusion d’un accord, mais de la capacité à le réaliser dans le délai qui rend encore la transaction stratégiquement et financièrement soutenable.


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